Cours emploi-développement Présentation générale

Université Pierre Mendès France de Grenoble
Cours emploi et développement
André Rosanvallon

Présentation générale du cours

I. Les objectifs pédagogiques du cours
Ce cours sur le thème : « emploi et développement » s’adresse à un public en charge, et/ou ayant vocation à intervenir dans le champ de l’emploi en Afrique. Sont visés, les étudiants de troisième cycle (français et africains) qui auront à traiter de ces problèmes et ceux en formation continue qui sont des  » professionnels  » déja  impliqués dans la résolution de ces problèmes.
Il s’inscrit dans la perspective d’un renforcement des capacités nationales d’intervention dans les domaines de l’emploi et de la formation :
– soit dans le cadre d’institutions nationales, régionales ou locales, publiques (Ministère de l’emploi, Fonds de développement de la Formation Professionnelle, Office de l’emploi et de la main d’œuvre.) ou privées (chambres consulaires, organisations professionnelles, syndicales),
– soit dans le cadre de la gestion de projets et/ou de programmes, qu’ils soient ou non spécifiques à des préoccupations d’emploi (ONG, associations, groupements, collectivités territoriales).
Dans le champ de l’emploi, les problèmes à résoudre sont particulièrement complexes et renvoient à des enjeux et des défis majeurs. Or on a souvent affaire dans ce domaine à des simplifications abusives qui relèvent plus d’un discours ou d’une démarche idéologique que d’une approche véritablement professionnelle. Ce qui alors est en cause, c’est :
– l’acquisition et la maîtrise de concepts et d’outils analytiques précis,
– le recours à des démarches rigoureuses tant pour diagnostiquer les problèmes à résoudre que pour recommander des interventions pertinentes et efficaces.
Ce sont ces objectifs qui sont visés pour faire des apprenants de  » véritables professionnels de l’emploi «  capables d’intervenir efficacement dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de politiques, programmes et projets de développement.
II. Le cadre et le contexte
L’examen des problèmes d’emploi a donné lieu ces dernières années à une très volumineuse littérature témoignant ainsi de l’importance des défis dans ce domaine, tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Les interprétations diffèrent quant à leur origine et à leur nature. Il en est ainsi des solutions recommandées. Personne toutefois ne conteste l’ampleur de la crise de l’emploi et des coûts humains qu’elle engendre. En ce sens, ce thème est d’une actualité brûlante. Mais en même temps, ce thème est d’une grande complexité, à l’origine d’un grand nombre d’interrogations. Les remises en cause dans ce domaine sont nombreuses qui rendent beaucoup plus aléatoires les certitudes de hier. Elles nous invitent à ne pas considérer ces problèmes seulement d’un point de vue technique. Elles renvoient à un questionnement sur le sens même de la notion de travail et sur la place que l’on souhaite qu’il occupe dans le fonctionnement des sociétés humaines, quelle que soit leur niveau de développement.
1. Un thème d’actualité brûlante
Ce thème renvoie à un ensemble d’enjeux majeurs très actuels, tant au niveau de la réalité des économies nationales qu’au niveau de l’économie internationale et de la mondialisation des échanges.
1.1. S’agissant des modes de fonctionnement des économies nationales, les problèmes d’emploi occupent une place centrale d’un double point de vue, du point de vue de la réalité de la crise d’une part, et du point de vue de la recherche des conditions de sortie de crise d’autre part. C’est qu’en effet :
– le chômage et le sous-emploi sont une des manifestations les plus sensibles de la crise, laquelle a tendance à perdurer, à se généraliser et à s’amplifier,
– la variable ressource humaine est une variable déterminante et stratégique dans une perspective de sortie de crise (cf. sur ce point en particulier les enseignements de la théorie de la croissance endogène, cf. aussi les actes du Forum de Dakar de mars 1999 dans le cadre du programme du PNUD « futurs africains » publiés dans :A. SallLa compétitivité future des économies africaines, Ed Khartala, Paris, 2000)
Dans ces conditions, la prise en compte et l’analyse des problèmes d’emploi :
– témoignent de l’importance des enjeux du développement pour faire face aux défis du chômage et du sous-emploi et aux coûts qui en découlent,
– suggèrent la nécessité de modèles alternatifs de croissance et de mobilisation des ressources humaines, dans la mesure où les approches et les modalités conventionnelles de croissance apparaissent incapables de faire face à ces défis.
Partant d’un questionnement en terme d’emploi, on rejoint ainsi les grandes préoccupations qui traversent les problématiques de l’économie du développement
1.2. La mondialisation des échanges renforce l’actualité des problèmes d’emploi.
Tous les travaux centrés sur les thèmes de la mondialisation, de l’internationalisation, des délocalisations…en témoignent. On assiste aujourd’hui à une interdépendance croissante des problèmes d’emploi au Nord et au Sud, ce qu’on appelle « les délocalisations » n’étant qu’une des manifestations de cette interdépendance.
De toute évidence, tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés, on ne peut pas se contenter d’une approche nationale des problèmes d’emploi et de formation. S’agissant de la situation des pays en développement, la mondialisation n’est pas une réalité seulement asiatique…. En Afrique, l’importance des deux « chocs » extérieurs récents (la dévaluation du FCFA et les PAS) témoigne du poids des contraintes de l’environnement international. Tous les pays sont directement concernés avec des amplitudes diverses et selon des modalités multiformes : à travers les flux d’investissements directs à l’étranger (IDE), les échanges de marchandises et de services, les migrations de main d’œuvre…
Dans la relation « internationalisation et emploi », et du point de vue des pays du « Sud » deux déterminants sont majeurs :
– la capacité à résister à la concurrence internationale sur les marchés nationaux pour préserver les emplois existants,
– la capacité à pénétrer de nouveaux marchés à l’étranger par le développement des exportations.
En définitive, l’analyse des problèmes d’emploi dans le champ du développement s’inscrit ainsi dans une double problématique en terme :
– d’endogénéisation à partir de la prise en compte des dynamiques internes de développement,
– de globalisation à partir de la prise en compte des dynamiques externes qui traversent les espaces nationaux.
2. Le domaine de l’emploi est un domaine complexe
Cette complexité se manifeste à différents niveaux : i) au niveau de la collecte d’informations pertinentes, ii) au niveau de l’analyse et de l’interprétation des données disponibles, iii) ou encore du choix des mesures de traitement à prendre pour la résolution des problèmes et des politiques à mettre en œuvre.
Dans les pays en développement cette complexité est d’autant plus difficile à gérer que les systèmes d’information existants sont en général défaillants et même sinistrés dans certains cas (Cf. le chapitre 2).
2.1. Les raisons de cette complexité
Elles sont multiples. Elles tiennent en particulier :
– à l’amplitude des problèmes à résoudre et à prendre en compte : Cf. par exemple l’ampleur du chômage et du sous-emploi, le poids des contraintes démographiques, l’importance des budgets consacrés au traitement du chômage et à la formation…,
– à la diversité des variables concernées et des situations concrètes de référence : entre pays, entre régions à l’intérieur d’un même pays, entre les différents groupes cibles, entre secteurs d’activité et niveaux de qualification à l’intérieur d’un même secteur…,
– à l’interdépendance des problèmes, le sous-emploi par exemple étant à la fois la résultante de la crise et une variable de sortie de crise.
Le jeu de ces variables est d’autant plus compliqué, qu’elles se manifestent dans dessituations en transition et dans un contexte de crise. En toute hypothèse, l’analyse et la gestion des problèmes d’emploi, appellent à une démarche pluridisciplinaire, à un recours aux apports des disciplines relevant de l’économie, du culturel, de la sociologie… et de la technologie.
2.2. Face à cette complexité, on a affaire à une double simplification
Une première simplification tient aux pratiques des « politiques ». Sans doute, il convient d’éviter des généralisations trop abusives. Il n’empêche, on constate en général :
– que l’emploi est souvent l’objet de la part des responsables politiques d’un discours de type idéologique de peu d’utilité car trop réducteur (Cf. le rejet sur l’extérieur des difficultés internes, le poids des enjeux politiques et électoraux qui conduisent à sous estimer le poids des contraintes… Cf. aussi le poids de la « pensée unique » ou du « politiquement correct » qui inhibent et limitent la recherche de solutions alternatives, innovantes et originales…),
– l’existence d’un écart souvent très important entre d’une part le contenu des discours politiques et d’autre part les pratiques effectives de lutte contre le sous-emploi (Cf. l’importance accordée à la mesure et à la manipulation des statistiques du chômage).
D’autres simplifications se retrouvent dans les travaux théoriques centrés sur l’emploi dans une problématique de développement. Par delà les apports de ces différents travaux qui font l’objet d’une présentation synthétique en fin de cette introduction, le bilan des travaux théoriques dans le domaine de l’emploi, de la formation et du développement suggère en effet plusieurs commentaires dont deux principaux :
– d’une part, ces travaux insistent avec beaucoup de pertinence sur l’incapacité des outils et des approches conventionnelles à rendre compte de la réalité actuelle des problèmes d’emploi et de formation tant dans les économies industrialisées que surtout dans les économies en développement… sans nous livrer de manière aussi précise des outils alternatifs et de nouveaux paradigmes,
– d’autre part, l’impression qui domine est que les préoccupations des théoriciens, en particulier dans le champ du développement, ne sont pas à la hauteur des enjeux et des défis en matière d’emploi et de formation.
2.3. La nécessaire prise en compte de la complexité des problèmes d’emploi et de formation : quelles implications ?
Ces implications sont multiples. Elles se déclinent en termes de : a) compétences, b) de comportements et de pratiques professionnelles.
a) En termes de compètences
Tout d’abord, il faut admettre que la gestion de la complexité autour des problèmes d’emploi ne se limite pas à l’acquisition d’instruments et d’outils d’analyse et/ou de concepts. Cette acquisition est nécessaire. C’est un préalable. Elle ne peut être suffisante. Ce qui importe, ce sont les conditions de mise en œuvre de ces outils. D’où une double exigence : celle d’une part de resituer les problèmes identifiés dans leur contexte et dans leur dynamique, celle d’autre part d’adapter les concepts et les outils d’analyse pour tenir compte des réalités du terrain qui sont toujours spécifiques et particulières.
Pour dire les choses autrement, ce qui est en cause, c’est la nécessité de donner du sens aux faits que l’on observe pour pouvoir agir sur eux, soit pour les amplifier, soit pour les infléchir et les corriger. D’ou l’importance du travail d’analyse, d’interprétation. D’où l’importance des « détours » par la théorie.
b) En termes de comportements et de professionnalisme
Trois implications sont majeures :
– la modestie en reconnaissant qu’au total on ne sait que peu de choses et que si on connaissait les solutions, il y a longtemps qu’on les mettrait en œuvre,
– la nécessité de travailler en réseau sur la base de relations de partenariat avec les acteurs directement concernés par ces problèmes, ce qui suppose des capacités d’écoute et d’ouverture à ces acteurs ainsi que de la curiosité.
– le souci d’éviter le misérabilisme en reconnaissant l’hétérogénéité des situations, et en se gardant de généralisations abusives, et en se rappelant que le pire n’est jamais sûr et que les évolutions positives peuvent être rapides.
3. Le domaine des relations emploi-formation : un domaine ouvert sur quelques grandes préoccupations et interrogations
Trois questionnements sont sous-jacents et plus ou moins implicites dans l’ensemble des préoccupations relatives aux relations emploi-formation :
– Comment articuler et rendre complémentaires la recherche de compétitivité, le souci d’équité, et le maintien de la cohésion sociale en évitant l’exclusion des plus défavorisés ?
– La recherche du plein emploi est-elle ou non du domaine de l’utopique, et à quelles conditions : en termes de partage du temps de travail ? de la mise en oeuvre d’un nouveau contrat social et d’un nouveau pacte social ?
– La mondialisation est-elle l’occasion d’établir de nouvelles modalités de coopération internationale ou est-elle au contraire l’instrument puissant de nouvelles exclusions ?
III. Le contenu du cours
Le cours comporte trois modules autour de trois préoccupations centrales :
– Module 1 : les outils et concepts d’analyse : observer et décrire.
Le cours traite de quatre grands groupes de concepts et d’outils d’analyse : i) les concepts d’emploi et d’activité, ii) les concepts de chômage et de sous emploi, iii) les concepts de qualification et de compétence, iv) le concept de marché du travail.
Pour chaque groupe, le cours présente d’abord les définitions conventionnelles de ces concepts, puis explicite les raisons de leur nécessaire remise en cause en Afrique, avant de suggérer des pistes possibles d’alternatives
– Module 2 : le diagnostic : analyser et comprendre
Il s’organise autour de trois thèmes :
– les informations disponibles : i) l’inventaire de ces informations, ii) les limites et les insuffisances des systèmes d’information sur l’emploi et la formation, iii) les observatoires de l’emploi et de la formation
–  les méthodes et la démarche de diagnostic
– le contenu du diagnostic autour de quatre groupes d’éléments relatifs : i) à la prise en compte des environnements, ii) au poids du chômage et du sous emploi, iii) aux modalités d’emploi de la population occupée, iv) à l’émergence de nouvelles dynamiques d’emploi à amplifier.
– Module 3 : les politiques et stratégies : agir et intervenir sur les éléments du diagnostic
– Les institutions du service public de l’emploi (SPE)
– La diversité des politiques d’emploi entre les politiques « passives » et les politiques « actives »
–  L’évolution des politiques publiques d’emploi en Afrique
Sur la gestion des projets et des programmes en matière d’emploi, les apprenants sont invités à se reporter au manuel sur « La gestion des opérations d’aide au développement.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :