Cours emploi développement 3. Les politiques d’emploi

Université Pierre Mendès France de Grenoble
Cours emploi et développement
André Rosanvallon

Partie 3

Les politiques publiques d’emploi

Introduction

Dans le domaine de l’emploi, la prise en compte des politiques publiques est une nécessité dans la mesure où elles fixent un cadre général aux différentes modalités d’intervention de l’Etat sur le terrain et impulsent de multiples dynamiques d’emploi.
L’examen des politiques d’emploi a donné lieu à un très grand nombre d’études et de rapports, tant sous l’angle analytique qu’opérationnel. En général, ces travaux ont tendance à considérer comme extrêmement réduites les marges de manœuvre et de liberté dans ce domaine, comme si une seule politique était possible compte tenu des contraintes de compétitivité et de production dans un contexte de mondialisation croissante des échanges, et qui se déclinerait en terme de déréglementation pour permettre un ajustement par les salaires et de recherche de flexibilité. A ce propos, on parle en France de « pensée unique » mais ce constat peut être aisément généralisé aux recommandations des « expertises » internationales. Les prises de position du B.I.T., constituent dans ce domaine une exception notable et féconde, quand elles insistent sur l’importance des politiques publiques volontaristes nationales et sur la possibilité de parvenir à terme à des situations de plein emploi.
En toute hypothèse, il faut rappeler en permanence que les stratégies d’emploi sont l’expression de choix politiques au vrai sens du terme. D’une part, elles reflètent les préoccupations et les options des groupes dominants. D’autre part, les politiques d’emploi sont le résultat de compromis sociaux, de rapports de force et de négociations entre les acteurs et les partenaires. Pour dire les choses autrement, au cœur des problèmes d’emploi se pose la question de l’ampleur et de la nature des solidarités acceptables, revendiquées et acceptées. On comprend dans ces conditions que la résolution des problèmes d’emploi et de chômage ne soit pas seulement d’ordre technique. Elle passe par l’invention de nouvelles solidarités, de nouveaux compromis, d’un nouveau contrat social.
La notion de politique d’emploi renvoie ainsi à un champ d’interventions extrêmement large et diversifié qui va de la simple réglementation du travail jusqu’aux mesures qui affectent la solidarité entre les groupes sociaux et la compétitivité des entreprises. Sur un plan analytique, cette notion a par définition des contours diffus. Elle se présente sous la forme d’un ensemble de dispositifs souvent éclatés et hétérogènes. Par souci d’opérationnalité nous retiendrons une définition plus restrictive, en désignant sous le terme de politique d’emploi, l’ensemble des mesures et des dispositifs qui ont exclusivement pour finalité l’amélioration de la situation de l’emploi et/ou la réduction des dysfonctionnements et des coûts du marché du travail. Volontairement, nous positionnerons au centre de nos préoccupations la question de la réduction du chômage en nous rappelant :
– d’une part que la lutte contre le chômage n’est pas le seul objectif de la politique d’emploi,
– d’autre part que la lutte contre le chômage n’est pas un objectif limité aux politiques d’emploi mais qu’elle fait référence à des politiques industrielles, technologiques, d’aménagement du territoire.

1. Les institutions du Service Public de l’Emploi (SPE)

Elles ont un rôle central dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des politiques publiques d’emploi. Elles sont souvent très diversifiées en particulier dans les économies industrialisées. Elles le sont beaucoup moins dans les pays en développement, en Afrique en particulier.
Il est coutume de distinguer trois grands groupes d’institutions
 les organes de décisions au niveau des administrations centrales qui assurent des fonctions de management et d’ingénierie,
– les organes d’études et de consultation en amont des précédents, qui fournissent aux décideurs des informations et qui élaborent des outils et des méthodes d’investigation,
– les organes d’exécution et de mise en œuvre qui assurent le suivi et le contrôle des actions du SPE. Ces organes occupent une place charnière, intermédiaire entre les organes de décision et les publics bénéficiaires. Pour ce faire, ils assurent en général une très grande multiplicité de fonctions : d’accueil, de collecte et de diffusion d’informations, d’analyse de besoins, de mise en relations, d’adaptation des dispositifs aux réalités du terroir… Leur niveau de compétence est fonction de leur capacité à intervenir dans un faisceau de contraintes diversifiées (budgétaire, politique, sociale…).
En Afrique, les situations sont très diversifiées selon les pays, en fonction en particulier de la place qu’occupe l’Etat dans les modes de fonctionnement des marchés du travail. On peut cependant repérer un certain nombre de spécificités africaines :
– s’agissant des organes de décision, ils restent très centralisés. La volonté affichée de déconcentrer et de décentraliser les processus de décision reste le plus souvent incantatoire,
– s’agissant des organes d’études en amont de la prise de décision, ils sont en général peu développés. Au cours de ces dernières années, des progrès ont été enregistrés dans ce domaine, avec la mise en place et le développementd’observatoires de l’emploi et de la formation. Quelles que soient leurs insuffisances (cf. la leçon sur les sources d’information), ils ont permis d’améliorer les fonctions de collecte, de rassemblement et de traitement des informations disponibles en matière d’emploi. Plusieurs fonctions restent cependant mal remplies. Elles désignent des domaines où la recherche d’améliorations est prioritaire : les fonctions d’évaluation, les fonctions d’anticipation et de prospective, les fonctions de capitalisation des pratiques innovantes en matière d’emploi,
– s’agissant des organes chargés de l’exécution et de la mise en œuvre des politiques d’emploi, les dynamiques en cours et leurs insuffisances suggèrent plusieurs commentaires. Ce qui est en cause c’est :
– la recherche d’une meilleure intégration des préoccupations de formation dans les dispositifs d’aide à l’emploi (insertion, développement de l’auto-emploi, promotion des micro-entreprises…),
– la transformation des informations disponibles, pour les rendre plus opérationnelles qu’il s’agisse des informations fournies par les entreprises sur leurs besoins et leurs offres d’emploi ou qu’il s’agisse d’informations sur les caractéristiques et les attentes des demandeurs d’emploi,
– le renforcement des actions de prospection en particulier en direction des PME-PMI, des groupements et des associations,
– la constitution d’espaces de dialogue et d’interface entre les acteurs et entre les institutions.
Plus fondamentalement, la question qui se pose est celle de la reconstruction dans la quasi-totalité des pays africains d’un véritable service public de l’emploi, le précédent ayant été démantelé avec la mise en œuvre des PAS. Cela impose :
– que l’on ne limite pas les interventions du SPE à une simple gestion administrative et centralisée de collecte des offres et des demandes d’emploi,
– que l’on abandonne un système hérité d’une période où les principales dynamiques d’emploi étaient impulsées directement par l’Etat (autour des emplois publics et para-publics) sous la forme d’emplois salariés permanents du secteur moderne, pour se préoccuper davantage des dynamiques dans le secteur informel et au sein du milieu associatif de proximité.
Pour ce faire, on ne peut se contenter d’une simple augmentation des moyens matériels et financiers. Sans aucun doute, il s’agit là d’une nécessité. En aucun cas, cette exigence ne peut être suffisante si elle ne s’accompagne pas d’un véritable « ajustement culturel » au sein du service public de l’emploi qui passe en priorité par l’acquisition d’un véritable professionnalisme des agents qui le composent et l’appropriation par ces derniers de nouvelles compétences (en terme d’ouverture, de dialogue, de concertations, de gestion de réseaux…).

2.  La diversité des contenus des politiques d’emploi

Les typologies des politiques d’emploi sont multiples selon les critères que l’on retient : nature des dépenses, nature des effectifs bénéficiaires, nature des appuis… Sur la base des éléments d’une grille de lecture du contenu des politiques publiques d’emploi (cf. ci-dessous), une distinction apparaît particulièrement pertinente qui différencie les politiques en fonction des logiques qui les sous tendent, entre :
– les politiques « passives » qui se rattachent à une gestion sociale du chômage et
– les politiques « actives » qui s’inscrivent davantage dans la perspective d’une gestion économique de l’emploi.
Grille de lecture pour l’identification et la présentation d’une politique publique d’emploi
1. Historique, objectifs et finalités
-L’origine et la conception de la politique : le contexte de départ ? les raisons à l’origine de l’idée du dispositif ? quels leaders ? l’existence éventuelle d’une politique que l’on prolonge ? les alternatives possibles à l’origine ?
– Objectifs principaux et secondaires, officiels et non officiels, explicites et implicites,
– Publics cibles visés : critères de sélection retenus,
– Contenu du dispositif : nature des aides et des appuis, conditions d’éligibilité et d’accès au dispositif.
2. Principaux indicateurs des résultats attendus
– Nombre de dossiers traités, de bénéficiaires, de visites de prospection … de « retour à l’emploi ».
3. Activités mises en œuvre pour atteindre ces résultats
4. Moyens mobilisés pour la réalisation de ces activités (matériels, humains, formation…)
5. Acteurs, opérateurs et institutions impliqués.
21. Les politiques « passives » et la gestion sociale du chômage
Dans cette problématique, on considère le chômage comme une donnée et une contrainte à l’origine de coûts individuels, familiaux et collectifs (dont les coûts politiques). L’objectif principal de ces politiques d’emploi est de rendre ces coûts plus supportables et d’en minimiser l’importance. En même temps, elles visent à réintégrer dans le circuit économique les groupes marginalisés. Elles ont en commun de ne pas s’attaquer aux causes du chômage. Parmi les principales modalités des politiques passives, une est principale : l’indemnisation des chômeurs.
Principales modalités des politiques « passives » d’emploi
1. L’indemnisation des chômeurs,
2. Les actions sur les flux d’entrée et de sortie du marché du travail (retrait définitif ou temporaire)
– politiques d’aides au retour pour les migrants,
– politiques d’aides pour les départs en retraites anticipées
– allongement de l’âge de la scolarité
3. Les « manipulations » des statistiques du chômage.
22. Les politiques « actives » et la gestion économique des emplois
Elles visent à favoriser et à multiplier les occasions d’emploi par la création et le développement d’activités. Dans ce cadre, on ne considère pas le chômage comme une donnée, on intervient en amont. Il s’agit de politiques incitatives à l’activité certaines visant soit à favoriser la création d’emplois dans les entreprises et/ou la création de nouvelles entreprises, soit à inciter l’embauche de salariés défavorisés.
Les politiques actives d’emplois sont multiples autour de trois familles principales selon qu’elles portent :
A. Les interventions sur l’offre de travail ou la demande d’emploi : deux modalités sont alors principales
– Réduction de la demande d’emploi : i) à long terme, interventions sur les variables démographiques pour réduire les taux de croissance démographique, ii) frein à la demande d’emploi des femmes par des dispositifs de maintien au foyer.
– Amélioration de l’employabilité des demandeurs d’emploi à travers la mise en place de dispositifs de formation
B. Les interventions sur la demande de travail ou l’offre d’emploi
– L’optique d’un partage du travail entre actifs, qui peut être individuelle ou collective, par une réduction du temps de travail plus ou moins étalée dans le temps, et qui s’appuie sur des formules de temps partiel.
– Les aides à l’embauche : i) exonération de charges pour la première embauche,ii) les différentes mesures de réduction du coût du travail, iii) les mesures de flexibilisation salariale soit directement (à partir de subventions à l’emploi non permanent) soit indirectement (à partir d’action sur les seuils et les minima, et d’actions sur les procédures de licenciements et d’embauches).
– La création d’emplois nouveaux : i) par les dispositifs d’auto-emploi, ii) par le développement des emplois de services de proximité, iii) par la création d’emplois dans la fonction publique.
Les étapes de la démarche d’appuis à l’auto-emploi
1. Une 1ère phase d’accueil des promoteurs potentiels et de sélection des idées de projets et des avant-projets
C’est une phase d’accueil des « promoteurs potentiels » qui s’accompagne de tests de présélection (par des cabinets-conseil, des commissions ad hoc, des bureaux d’études…) pour choisir les candidats éligibles et donc susceptibles de bénéficier du dispositif. Deux approches sont possibles selon que le candidat est ou non porteur d’une idée de projet. Dans le premier cas où le candidat n’a pas de projet, l’accueil et l’écoute porte sur les motivations et les aptitudes du candidat confrontées aux opportunités offertes par les « créneaux porteurs » d’emplois potentiels. Dans le second cas, on auditionne le candidat sur la nature et les objectifs de son avant-projet pour une première appréciation de sa faisabilité et de son intérêt.
2. Une 2ème phase de construction et de finalisation du projet
L’objectif de cette phase est de construire les projets pour rendre « bancables » les idées de projet préalablement sélectionnées. Cette phase repose sur la mobilisation de structures spécialisées dans le montage de projet en insérant le promoteur dans les réseaux d’accompagnement existants. Elle comporte une importante composante formation, en faisant de la phase de construction du projet un temps privilégié de maturation et d’apprentissage. Elle s’achève quand le projet est finalisé, après vérification par un comité d’engagement et de pilotage, de la faisabilité et de la viabilité du projet.
3. Une 3ème phase d’acceptation et de lancement du projet
Il s’agit d’une phase de maturation et de montée en puissance du projet. Elle donne lieu à différentes activités d’appui, de soutien et de conseil, et de formation en prenant les dysfonctionnements rencontrés comme supports pédagogiques.
C. Les interventions pour améliorer les interfaces entre offres et demandes d’emplois
– Moderniser le service public par le recrutement et la formation des agents du SPE
– Faciliter la flexibilité du travail : interventions sur la législation du travail, sur les seuils
– Améliorer les systèmes d’informations
– Mettre en place de nouveaux dispositifs d’aide à l’insertion et à la reconversion

3. Les évolutions des politiques publiques d’emploi en Afrique

Depuis le début de la décennie 90, on assiste au lancement et à une montée en puissance des politiques actives d’emploi. Naturellement, les situations sont variables selon les pays. Par delà cette diversité, un certain nombre d’orientations stratégiques sont en train d’émerger qui visent un enjeu majeur par rapport à la lutte contre le chômage : la création d’emplois.
31. Les évolutions passées
Des premières années des indépendances africaines jusqu’à la période actuelle, on peut distinguer trois vagues successives de politiques publiques d’emploi.
 La décennie 60 : une période de « croissance sans emploi »
Pendant toute cette décennie, alors que la croissance annuelle de l’économie se situait à 4 %, la croissance de l’emploi était estimée à environ 2,6 % seulement par an, alors que les taux de croissance démographique se situaient au-delà de 3 % par an. Cette croissance sans emplois était principalement liée à deux choix stratégiques. D’une part, la priorité était accordée au secteur industriel moderne (politiques d’import-substitution ou politique des industries « industrialisantes »), d’autre part, les modèles de développement étaient fondés sur l’utilisation intensive des capitaux et de technologies dites « avancées ». Au cours de cette décennie, on n’observe pas de politiques spécifiques d’emploi. La création d’emploi n’est que la résultante (faible) des politiques macro-économiques de croissance.
Les décennies 70-80 : une période de « gestion administrée des emplois »
Pendant toute cette seconde période, dans la très grande majorité des pays africains, l’Etat occupe une place de plus en plus omniprésente. Il assure une fonction centrale de régulation qui se décline elle-même autour de deux logiques :
– une régulation à court terme à partir de la gestion réglementaire du marché du travail. L’Etat édicte les lois et fixe les règles du jeu conventionnel en matière en particulier des conditions de recrutement de la main-d’œuvre (par l’intermédiaire de ses bureaux de main d’œuvre il a le monopole du placement) et des conditions de licenciement (l’accord préalable de l’Etat avant tout licenciement est obligatoire),
– une régulation à moyen terme à partir d’une gestion planifiée et centralisée de la main-d’œuvre.
Surtout l’Etat apparaît comme le principal employeur. Il est la source – quasi unique – de créations d’emplois soit directement dans la fonction publique (Etat et collectivités locales) soit indirectement au sein des entreprises publiques et para-publiques. Dans de nombreux pays on assiste ainsi à un quasi doublement des effectifs que l’Etat contrôle directement et indirectement. Ces recrutements s’accompagnent de dépenses de personnel de plus en plus lourdes, qui dans certains cas deviennent supérieures au montant des recettes budgétaires et qui représentent près de 80 % des dépenses de fonctionnement de l’administration. Comme en témoigne le cas du Bénin, il en résulte de forts déséquilibres qui seront à l’origine du lancement et de la mise en œuvre des premiers PAS.
 De la fin de la décennie 80 jusqu’à la moitié de la décennie 90 : la mise en œuvre des premiers PAS et la phase de « destruction d’emplois publics et para-publics »
Les premiers PAS, d’assainissement et de rééquilibrage des budgets (au plan interne) et des balances des paiements (au plan externe) ont eu tout un ensemble d’impacts particulièrement négatifs dans le domaine de l’emploi. Le tableau ci-après récapitule les principaux impacts sur l’emploi des premiers PAS.
Inventaire des principaux impacts sur l’emploi des premiers PAS
Déflation des effectifs de la fonction publique :
– radiation des « fictifs »
– non remplacement des départs
– suppression des hors-statuts
– licenciements
– départs en pré-retraite
Destruction d’emplois dans les entreprises publiques et para-publiques :
– liquidations des non rentables
– restructurations, réhabilitations des entreprises maintenues
– privatisation
Licenciements au sein d’entreprises privées :
– suppression de l’autorisation administrative de licenciements
– réduction des activités et des chiffres d’affaires du fait de la :
* baisse des investissements publics
* réduction de la consommation privée
Informalisation des emplois :
– informalisation d’activités et/ou d’entreprises du secteur moderne
– multiplication du nombre d’unités informelles.
Quelques chiffres témoignent de l’ampleur des destructions d’emplois publics et para-publics au cours de cette phase de restructuration.
A partir de cette date, face aux coûts sociaux induits par la première vague des PAS, on assiste au lancement d’une seconde vague de ces programmes, les programmes dits programmes DSA (Dimension Sociale de l’Ajustement) de lutte contre la pauvreté sous la forme d’appuis aux groupes cibles défavorisés. Ils se concrétisent sous la forme : i) de la mise en œuvre de « fonds sociaux », ii) de programmes d’appui au secteur privé (PME-PMI et entreprises exportatrices) et iii) d’aide à la création d’entreprises et à l’auto emploi. Dans la réalité, cette période qui a été au plan macro-économique une période de reprise… mais avec une création d’emploi en panne.
Il convient cependant de signaler qu’à travers de nombreux tâtonnements, l’observation d’évolutions multiformes dans les domaines de l’emploi. Elles apparaissent tant au niveau du contenu des politiques d’emploi, qu’au niveau des conditions de leur mise en œuvre.
 Au niveau des contenus des politiques d’emploi
La période antérieure a été marquée par l’inefficacité des modes de gestion administrative des emplois. Très curieusement, c’est au moment où l’on remet en cause fortement le rôle et les interventions de l’Etat, que l’on commence à concevoir et appliquer des politiques publiques actives en matière d’emploi qui s’écartent des simplismes de la phase antérieure autour des créations directes d’emploi dans la fonction publique et les entreprises publiques et para publiques.
Dans les faits, on distingue alors quatre ensembles de politiques et d’interventions :
– celles destinées à rendre les environnements favorables à la création d’emplois, qui se traduisent par l’adoption de nouveaux codes des investissements, par différentes mesures d’attraction des capitaux étrangers, par l’adoption d’un cadre et de règles juridiques plus stables et plus favorables à la création d’emplois…,
– celles qui accompagnent les restructurations en cours pour rendre les « ajustements » plus humains et qui se traduisent par des projets et des dispositifs d’appui à l’insertion et à la réinsertion des personnels « déflatés » et licenciés (mais qui ont tendance à s’épuiser par manque de crédits), ou encore par des programmes de lutte contre la pauvreté sous la forme en particulier de programmes de réhabilitation des infrastructures rurales et surtout urbaines,
– celles centrées sur la modernisation et l’amélioration de l’efficacité interne et externe des systèmes de formation professionnelle et technique (initiale et continue) et qui participent des programmes d’ajustement sectoriel de formation,
– celles enfin qui visent plus précisément la démultiplication des occasions d’emploi sous la forme de projets et de dispositifs d’aides et d’appuis au secteur informel, au développement des micro-entreprises, et /ou à l’auto-emploi.
C’est au sein de ce dernier sous-ensemble que les dynamiques d’emploi sont les plus fortes et les plus intéressantes.
 Au niveau des conditions de mise en œuvre des politiques d’emploi
On assiste à l’émergence de nouvelles dynamiques induites par le développement :
– de nouvelles fonctions destinées à rendre de nouveaux services en terme par exemple: d’aide, d’appui, d’assistance aux programmes d’auto-emploi, au secteur informel, aux PME-PMI…ou d’amélioration des systèmes d’information sur l’emploi…ou encore d’études, d’audit et d’évaluation,
– de nouvelles institutions spécialisées dans le placement (tant publiques que privées du type sociétés de travail temporaire) ou dans la formation, mais aussi d’institutions d’interfaces entre l’emploi et la formation pour la gestion des programmes de reconversion et/ou d’insertion.
33. Politiques d’emploi et stratégie de réduction de la pauvreté depuis le nouveau millénaire
Au début du nouveau millénaire, on assiste à de profonds changements dans la « machinerie de l’aide » et par là même dans le contenu des stratégies nationales de développement autour du nouveau mot d’ordre de réduction de la pauvreté. Ces nouvelles finalités se traduisent par l’élaboration et l’adoption de deux documents majeurs : les DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté), et les programmes nationauxOMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement). Suite à l’adoption de la « déclaration du Millénaire » pour l’élimination de la pauvreté humaine décidée par l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre 2000 et retenue ensuite par la Banque Mondiale, l’Union Européenne et les principales coopérations bilatérales, lesOMD comprennent huit objectifs que les États membres de l’ONU sont convenus d’atteindre d’ici à 2015, dont en particulier l’objectif de réduire la pauvreté et la faim en réduisant de moitié la part des individus vivant avec moins de 1 dollar par jour.
Dans ce contexte, au moins de manière officielle, l’emploi devient un objectif stratégique majeur. Pour s’en convaincre il suffit de se reporter aux discours et aux déclarations des dirigeants. La réalité est toute autre. Alors que toutes les enquêtes sur la pauvreté témoignent que le manque d’activité est la cause principale de la pauvreté, dans les premiers DSRP, la composante emploi est inexistante de manière quasi générale. L’amélioration de l’emploi n’apparait que comme une résultante à attendre de la croissance que devrait entraîner la nouvelle stratégie de développement. Dans les faits l’emploi ne cesse de se détériorer.
Ce constat est très largement partagé par les ministres du travail africain qui se réunissent à Ouagadougou en 2005. Ils s’engagent alors à intégrer dans les nouveaux DSRP, une véritable stratégie volontariste et spécifique en matière d’emploi, pour une croissance pro-emploi. L’évaluation des résultats et de l’impact de ces engagements restent à faire. Pour la grande majorité des observateurs, des résultats positifs restent toujours à venir et tardent à se concrétiser. Sans doute, on a assisté ces dernières années à la multiplication de projets et de programmes ponctuels relevant des politiques actives d’emploi du type : auto-emploi, HIMO, appuis au secteur informel… Par delà cette diversité plusieurs problèmes restent en suspens dont trois sont principaux :
– un premier problème tient au manque de coordination entre des dispositifs qui bénéficient de plusieurs sources de financement et qui dépendent de plusieurs centres de décision. L’objectif est concevoir et de formuler une stratégie d’emploi globale et volontariste axée sur des finalités clairement définies, et qui soit capable de servir de cadre de référence à un ensemble de projets et/ou de programmes. La question est moins de compléter une liste d’actions et de programmes qui se juxtaposent, que de donner à cet ensemble, de la cohérence et de la lisibilité autour d’axes stratégiques partagés par les acteurs concernés, dont cinq sont principaux et complémentaires: i) la création et de la promotion de nouvelles opportunités d’emploi, ii) le développement et la refondation du système de la formation professionnelle, iii) la facilitation de l’insertion sur le marché du travail iv) l’amélioration du système d’information sur l’emploi en appui à la formalisation, au suivi et à l’évaluation de la stratégie, v) un renforcement institutionnel pour permettre sa mise en œuvre concrète
– un deuxième problème tient à la tendance à « autonomiser » les stratégies d’emploiet à mal les articuler avec les autres composantes des politiques macro-économiques (politiques industrielles, commerciales, technologiques…). A travers la composante emploi, trois objectifs stratégiques principaux sont visés qui rejoignent les objectifs des DSRP : i) la promotion d’une croissance favorable aux plus démunis et améliorer leurs revenus par le développement de nouvelles opportunités d’emploi, ii) l’amélioration de la sécurité dans le pays en considérant les niveaux actuels de précarité comme une insécurité insupportable à l’origine de situations de violence, iii) la création des conditions objectives pour le développement de pratiques de meilleure gouvernance et de bonne gouvernance,
-un troisième problème tient aux compétences disponibles en matière de conception, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques publiques d’emploi, à la nécessité de promouvoir un véritable professionnalisme parmi les acteurs concernés pour accompagner le recours à une démarche participative à ces différents niveaux.
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