Mes activités professionnelles à l’international

Par André Rosanvallon, février 2017

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Pendant toute ma vie professionnelle, j’ai eu de multiples activités au niveau international, d’une part comme enseignant-chercheur à l’université de Grenoble, et d’autre part comme coopérant d’abord dans le cadre de la coopération bilatérale française en Algérie, puis dans le cadre de la coopération multilatérale comme expert et consultant du BIT dans une quinzaine de pays africains francophones.

Chapitre I – Mes activités à l’international comme enseignant chercheur

A partir de la décennie 90, mes activités d’enseignant-chercheur à l’international deviennent principales pour devenir exclusives à la fin du dernier millénaire, avec un souci permanent de les mener de manière intégrée et d’organiser leur complémentarité. Trois activités seront principales : i) la direction d’un nouveau DESS spécialisé dans le développement, à partir de la rentrée universitaire 1991-1992, ii) des activités de recherche, et iii) le lancement et l’animation d’une cellule de coopération avec les universités du Sud (Afrique, Amérique Latine, Asie) à la demande du Président de mon université.

 1. Directeur du DESS Gestion et Dynamisation du Développement (GDD).

 A la fin de la décennie 80, nous sommes plusieurs chercheurs de l’IREP-D, membres du même groupe de recherche sur le développement, à intervenir dans plusieurs pays en développement  à l’occasion de missions d’expertise pour le compte de l’ONUDI ou/et de la CNUCED ou du BIT. Nous proposons de lancer un DESS sur le développement en complément du DEA – développement qui existe depuis plusieurs années et qu’anime Pierre Judet.

 11. Le DESS GDD « gestion et dynamisation du développement »

Début 1990, nous obtenons l’habilitation du ministère pour organiser une nouvelle formation professionnalisante de troisième cycle : le DESS sur « les métiers de la planification du développement ». Je suis chargé de lancer et d’animer ce DESS. La séance d’ouverture de ce nouveau DESS est présidée par la Ministre française de la coopération, Madame Edwidge Avice.

L’habilitation du DESS est renouvelée en 1995. Les objectifs et le contenu de la formation restent les mêmes. Mais l’intitulé ne fait plus référence aux métiers de la planification. Il est plus large. Le DESS s’intitule désormais « gestion et dynamisation du développement ». Je reste co-directeur du DESS. L’habilitation du DESS « gestion et dynamisation du développement » sera de nouveau renouvelée pour quatre années à partir du mois de septembre 1999.

Les caractéristiques du DESS GDD (gestion et dynamisation du développement)

Le DESS GDD accueille des promotions d’environ 25 étudiants de niveau bac+5, titulaires d’une maîtrise en sciences sociales (avec une forte majorité d’économistes). Ils ont été sélectionnés parmi un public d’environ 150 candidats sur la base principalement de leurs motivations et de leurs projets professionnels à l’issue de leur formation. Les promotions sont mixtes entre des étudiants en formation initiale et des étudiants en formation continue.

Le DESS GDD a vocation à former des professionnels de niveau supérieur qui interviennent dans les domaines du développement, soit à l’étranger dans les pays du Sud (Afrique, Amérique Latine, Asie) soit en France dans le cadre des institutions et des collectivités locales et territoriales. Outre des enseignements généraux sur l’économie du développement, une partie importante de la formation porte sur la gestion et le pilotage des projets de développement. Les étudiants doivent obligatoirement effectuer un stage de trois mois minimum sur le terrain soit en France soit surtout à l’étranger. (A la fin des années 90, les étudiants des différentes promotions avaient effectué un stage dans plus de 70 pays différents du Sud, majoritairement en Afrique).

Les interventions des professionnels non universitaires sont multiformes : certains participent aux jury de sélection des candidates, beaucoup animent des séminaires spécialisés dans leurs domaines de compétence. Une implication est plus originale. Chaque année on sollicite un spécialiste de renommée pour parrainer la promotion des nouveaux étudiants et prononcer le cours d’ouverture de la promotion. La qualité des principaux « parrains » des différentes promotions témoigne de la reconnaissance dont a bénéficié le DESS par les professionnels du développement.

Les principaux « parrains » du DESS GDD

Richard Adjaho (Ambassadeur du Bénin en France), Edwige Avice (Ministre français de la coopération), Jacques Giri (Consultant international), Jean Louis Guigou (Délégué à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), Bernard Lecomte (Directeur d’une ONG d’aide au développement, le GRAD), Serge Michailof (Directeur adjoint de l’Agence Française de Développement), Marie Nowack (Directrice de l’ADIE, Association pour le développement des initiatives économiques, une des premières associations françaises spécialisée dans le micro-crédit), Rubens Ricupero (Secrétaire général de la CNUCED), Amartya Sen (prix Nobel d’économie), Tremeaud (Directeur adjoint du BIT).

Au moment où je pars en retraite, une nouvelle réforme des universités se met en place : la réforme LMD (licence en trois ans, maîtrise en deux ans, doctorat en trois ans). Le DESS fait l’objet de puissantes manœuvres de récupération de la part en particulier de certains professeurs d’économie, auxquelles je ne cesse de m’opposer pour des questions de déontologie, sans vouloir m’engager dans une réforme que je n’aurai pas à mettre en œuvre. Le DESS GDD devient une spécialité professionnelle en deuxième année du master « sciences des territoires » doublement rattaché à l’Université des sciences sociales et à l’Université scientifique et médicale, sous l’appellation « Outil de gestion et de dynamisation des territoires » (OGDDT).

12. A partir de l’expérience du DESS GDD, j’assure le lancement et l’animation du réseau des DESS africains du développement local

L’option de départ se résume de la manière suivante : plutôt que de former à Grenoble des étudiants africains en dehors de leur contexte (et dont on n’est pas sûr qu’ils rentreront dans leur pays à la fin de leur étude), il est préférable de renforcer les capacités des universités africaines pour que les étudiants puissent être formés sur place. C’est dans cette perspective que notre université va appuyer la mise en place d’un réseau, regroupant huit universités africaines de sept pays différents d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Est et de l’Afrique sub-saharienne et de l’Ouest. Ce réseau se constituera en plusieurs étapes, dans le prolongement d’un premier DESS à l’université d’Abidjan en Côte d’Ivoire.

La création du premier DESS à Abidjan, est dans le prolongement direct d’une recherche en Côte d’Ivoire financée par le ministère français de la coopération et que j’ai dirigée. Son ouverture officielle à laquelle je participe comme représentant du Président de l’université de Grenoble a lieu en novembre 1998. Le lancement du second DESS ivoirien à l’université de Bouaké, aura lieu en novembre 2000. Suivront ensuite plusieurs autres DESS : au Bénin et à Madagascar en 2001 ; au Burkina-Faso et en Algérie en 2002 ; au Maroc en 2003 et au Mali en 2004.

 Le réseau des DESS africains de développement local

 

Pays, université partenaire

 

Intitulé de la formation
ALGERIE

Université de Constantine

 

– PGS gestion des collectivités locales et développement

BENIN

Université de Cotonou

 

– DESS développement local et gestion des projets

BURKINA-FASO

Université de Ouagadougou

 

– DESS espaces et développement

COTE D’IVOIRE

Université d’Abidjan

Université de Bouaké

 

– DESS économie du travail et des ressources humaines

– DESS régionalisation et métiers du développement local

MADAGASCAR

Université d’Antananarivo

 

– DESS développement local et gestion des projets

MALI

Université de Bamako

 

– DESS métiers du développement local

MAROC

Université de Rabat Agdal

 

– Master professionnalisant économie des territoires

La mise en œuvre de ce réseau s’inscrit dans une triple volonté :

  • d’initier de nouvelles modalités de coopérations interuniversitaires entre l’université de Grenoble et plusieurs universités africaines partenaires, dans la perspective d’un renforcement de leurs capacités à professionnaliser les formations qu’elles assurent au niveau des troisièmes cycles,
  • d’initier de nouvelles modalités de coopération Sud-Sud entre plusieurs universités africaines organisées en réseau pour un échange de compétences et d’expériences entre elles,
  • d’accompagner les programmes de décentralisation en Afrique en aidant les universités africaines à former les compétences nécessaires.

Dès le départ, le réseau bénéficie de l’expérience acquise à Grenoble dans le cadre du DESS « gestion et dynamisation du développement ». Il bénéficie par ailleurs de plusieurs sources de financement de la part : i) des ambassades de France en Algérie, à Madagascar et en Côte d’Ivoire, ii) de la coopération décentralisée de la région Rhône-Alpes dans le cadre des contrats annuels de développement entre l’université Pierre Mendès France et la région, iii) de la coopération décentralisée de la ville de Grenoble avec les villes de Constantine et de Ouagadougou, iv) du Haut Collège International des Experts (HCIE) qui est une institution de solidarité internationale qui a son siège social à Genève, et qui a vocation à participer au transfert des capacités d’expertise des membres qui le composent en direction des pays en développement.

Dans le cadre du pilotage et de l’animation du réseau,  j’ai eu à organiser :

  • deux réunions du réseau à Grenoble dont une première en juin 2002 pour un premier échange d’expérience entre les partenaires universitaires impliqués et une seconde en octobre 2004 dans le but de procéder à une évaluation des premiers impacts du réseau,
  • une autre à Constantine à l’occasion du colloque co-organisé en avril 2003 par l’université Mantouri de Constantine et l’université Pierre Mendès France de Grenoble sur le thème « Gouvernance locale et développement territorial : les cas des pays du Sud » dont les actes ont été publiés aux éditions L’Harmattan en 2004,
  • la conception et la mise en place d’une plateforme informatique « Kanari » pour échanger en ligne le contenu des cours organisés dans les différentes formations du réseau.

2. Mes activités de recherche à l’international

Centrées dans le même champ des relations emploi-formation, mes recherches à l’international prolongent et complètent celles que je mène au plan français, en les inscrivant dans une problématique nouvelle : celle des relations Nord-Sud. Dans tous les cas, ces recherches reposent sur des enquêtes de terrain que j’effectue, soit à l’occasion des missions de consultation que je réalise pour le BIT en particulier, soit dans le cadre de programmes de recherche financés par les pouvoirs publics français (en particulier avec le ministère de l’industrie et de la recherche, et avec le ministère de la coopération).

Deux thèmes sont principaux : les transferts de technologie Nord-Sud d’une part, les nouveaux ajustements entre l’emploi et la formation en Afrique d’autre part.

21. Mes recherches sur le thème des « transferts de technologie Nord-Sud »

La problématique qui est la mienne porte sur la place et les modalités des transferts des connaissances et des savoir-faire dans les processus de maîtrise et de transfert technologique. Comment les entreprises qui en France ont tendance à sous estimer le rôle des qualifications ouvrières peuvent elles intégrer cette composante dans leurs transferts à l’étranger ?

Sur ce thème, une opportunité de contrat se présente par chance au cours des années 1983-1984. A la demande du ministère de l’industrie de l’époque, nous sommes chargés d’une recherche sur les pratiques des entreprises françaises en matière de transfert de savoir-faire dans leurs transferts technologiques à l’étranger. La recherche consiste à réaliser différentes monographies à partir de plusieurs études de cas de transfert dont : celui de « Renault Véhicule Industrie » en Algérie au complexe de Rouïba près d’Alger ; celui du groupe « Renault » en Colombie ; celui du groupe « Péchiney » au Cameroun près de Douala ; celui d’un groupe textile des Vosges en Côte d’Ivoire.

Pour ma part, dans le cadre de ce contrat, j’effectue deux missions de recherche dans trois pays différents : une en Colombie à Bogota, où le groupe Renault a procédé au transfert d’une unité de montage de la R 12, deux autres en Afrique. En Côte d’Ivoire, nous étudions les modalités de transfert au sein d’un groupe textile français d’une unité de filage de coton au nord ouest d’Abidjan. Au Cameroun, la recherche porte sur les modalités d’un transfert « clé-en-main » dans le cadre du complexe d’extraction d’alumine que possède le groupe Péchiney, dans « une base » à une centaine de kilomètres à l’Ouest du grand port de Douala

22. Mes recherches sur le thème des « nouveaux ajustements dans la relation emploi-formation en Afrique ».

Sur ce thème, en 1993, je mène une première recherche au Bénin avec un collègue béninois de l’Université de Cotonou, Thomas Houedete, sur l’impact des « programmes d’ajustement structurel » dans le domaine de l’emploi, à l’occasion de plusieurs missions d’expertise que je réalise dans ce pays à cette époque, pour le PNUD (programme des nations unies pour le développement).

Quelques années plus tard, nous obtenons un financement du ministère français de la coopération dans le cadre d’un programme CAMPUS pour mener une recherche en Côte d’Ivoire sur le même thème. J’anime et pilote cette recherche entre 1995 et 1997. Elle associe du côté ivoirien une équipe de recherche de l’université d’Abidjan et des professionnels ivoiriens, et donnera lieu à plusieurs missions de ma part à Abidjan.

3. Chargé de mission, animateur de la cellule de coopération universitaire Nord-Sud au sein de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble

Au début 1990, je suis nommé Chargé de mission par le Président de l’université, dans le but de lancer une cellule de coopération universitaire Nord/Sud, rattachée à la Vice Présidence internationale de l’université. Je serai responsable pendant 13 ans, à la demande des présidents successifs de l’université de Grenoble, de la gestion et de l’animation de cette cellule autour de quatre axes privilégiés. A travers cette cellule de coopération universitaire Nord/Sud, il s’agissait :

  • a) premièrement, de passer d’une coopération basée sur des initiatives individuelles et ponctuelles à une coopération institutionnelle visant un renforcement des universités partenaires du Sud. Dans ce cadre, est retenu comme prioritaire, l’établissement d’accords de coopération d’université à université, ce qui se concrétisera dans le cadre du réseau africain des DESS de développement.
  • b) deuxièmement, de mieux coordonner en interne les actions que développaient les différentes composantes de l’université en matière de coopération technique. Dans cette perspective, chaque année, je rédige et publie un bilan de ces actions. Périodiquement, j’anime des rencontres d’échanges et de concertation par pays entre les différentes composantes de l’université.
  • c) troisièmement, de mieux informer nos partenaires extérieurs et de donner plus de lisibilité à nos interventions dans ce domaine. A ce titre, je représenterai le Président de l’université Mendès France à l’assemblée générale de l’AUF (Agence Universitaire de la Francophonie) qui se tient au printemps 1993 au Liban.
  • d) quatrièmement, de mieux insérer les actions que nous menions, dans des réseaux d’acteurs et d’institutions de coopération technique non universitaire, soit en matière de recherche de financement (avec l’Union Européenne, le ministère de la coopération et la région Rhône Alpes), soit surtout en matière de coopération décentralisée avec les collectivités locales. A ce titre, à partir de 1994, l’université de Grenoble, par l’intermédiaire de sa cellule de coopération, sera parmi les premiers acteurs régionaux à l’origine de RESACOOP (qui met en réseau tous les acteurs régionaux – les collectivités locales et territoriales, les ONG – impliqués dans des actions de coopération avec des régions du Sud). La cellule de coopération sera par ailleurs à l’origine d’un partenariat privilégié entre notre université et la ville de Grenoble dans le cadre des coopérations que cette dernière poursuit avec les villes de Constantine et de Ouagadougou.

Début 1991, le ministère français de la coopération et l’agence universitaire de la francophonie (qui regroupe toutes les universités francophones du Nord et du Sud) confient à notre université, l’organisation d’un colloque international à l’occasion du quatrième Sommet des chefs d’état et de gouvernement de langue française. Il a pour thème « démocratisation, économie et développement : le rôle de l’université ». La cellule de coopération Nord-Sud, est chargée de la préparation du colloque dont l’ouverture a lieu en novembre 1991. Il est ouvert par la Ministre française de la coopération, Madame Edwidge Avice (membre du gouvernement Beregovoy, et élue député PS de l’Isère), en présence d’un grand nombre de ministres africains de l’enseignement supérieur. Par ce colloque qui sert de caisse de résonance au niveau de l’ensemble universitaire de l’espace francophone, l’université de Grenoble retrouve sa place (historique !) de leader en matière de coopération technique. Il conforte ma motivation à m’investir dans ce domaine de la coopération technique.

Quelques années plus tard, nous organisons à l’IREPD, un autre colloque en hommage à Pierre Judet sur le thème « Dynamisation industrielle et nouveaux développement ». Ce colloque réunit un grand nombre d’anciens étudiants étrangers de Pierre Judet (des africains bien sûr, mais aussi des coréens, des latino américains) ; un ancien Ministre (Liassine, ancien Ministre algérien de l’industrie) et un futur Ministre (Afif Chelbi, futur Ministre tunisien du pétrole)  avec lesquels Pierre Judet a travaillé ; des responsables d’ONG françaises et étrangères ; des professeurs d’université français et étrangers spécialistes de l’économie du développement. Il est l’occasion de chaleureuses retrouvailles et d’une réelle prise de conscience sur l’urgence qu’il y avait à relancer la coopération inter universitaire entre le Nord et le Sud pour poursuivre l’œuvre de Pierre Judet.

Chapitre II – Mes activités à l’international comme coopérant

Dans ce domaine, mes activités seront aussi multiformes, à l’occasion de deux séjours de longue durée en Algérie et à Madagascar, suivis d’un grand nombre de missions de consultations en Afrique francophone.

1. Dans le cadre de la coopération bilatérale française en Algérie

C’est en Algérie que commence ma carrière internationale. Juste à la fin des événements de 68 en France, je pars comme VSNA (volontaire du service national actif), autrement dit coopérant « militaire » en Algérie où nous séjournerons deux ans ; d’abord comme coopérant technique au Ministère de l’agriculture, puis comme coopérant culturel à l’Institut d’Etudes Politiques d’Alger. Ma mission est dans le prolongement direct de mes domaines d’activité précédents à l’université de Grenoble

11. Coopérant militaire au ministère de l’agriculture et de la réforma agraire

Officiellement, mon livret militaire précise qu’à partir du 15 juillet 1968 je suis « attaché d’administration auprès de la direction des statistiques, de la planification et des projets du ministère de l’agriculture et de la réforme agraire ». Au sein de cette direction, je suis chargé plus précisément des études et des statistiques sur l’emploi dans l’agriculture.

11.1. La direction des statistiques, de la planification et des projets

C’est dans ce contexte que s’inscrit ma mission au sein de la direction des statistiques au sein du ministère de l’agriculture et de la réforme agraire. Monsieur Boukli en est le directeur avant qu’il ne devienne pendant mon séjour secrétaire général du ministère de l’agriculture (et en réalité le ministre de fait). Il sera alors remplacé par Monsieur Nadir, ingénieur agronome qui deviendra plus tard fonctionnaire de la FAO à Rome.

Le personnel technique de la direction est quasi exclusivement français. Quand j’intègre le service, les algériens sont très minoritaires. Ils occupent les fonctions de secrétariat, de dactylographie, à l’exception de deux techniciens supérieurs statisticiens.  Les coopérants français sont majoritaires, soit en tant que coopérants civils, soit surtout en tant que coopérants militaires (au nombre de 6 ou 7 en moyenne)

11.2. Mes travaux au ministère de l’agriculture

Je suis donc chargé des problèmes d’emploi dans l’agriculture. Dans ce domaine, en matière d’études et des statistiques, tout ou presque est à construire. Quelques données sont disponibles mais il faut les organiser et les compléter pour les rendre opérationnelles. A l’époque deux chantiers sont prioritaires : d’une part la préparation du premier plan quadriennal 1970-1973, d’autre part la mise en place d’institutions de formation professionnelle agricole. C’est dans le cadre de ces deux priorités que vont s’inscrire mes travaux comme coopérant.

Premièrement, je suis chargé de plusieurs études de diagnostic sur la situation de l’emploi dans le secteur agricole autogéré, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif. Pour ce faire, j’exploite les données que collecte la Banque Nationale Agricole auprès des domaines autogérés et qu’elle centralise que je complète par des enquêtes directes et des investigations sur le terrain. C’est ainsi que, peu de mois après mon arrivée au ministère, je suis amené à enquêter et à me déplacer dans toutes willayas (l’équivalent des départements) du nord de l’Algérie : d’Annaba à Tlemcen.

Deuxièmement, dans le cadre de la préparation du plan, je suis chargé de réaliser des études sur les perspectives d’évolution du sous emploi saisonnier et du chômage déguisé dans l’agriculture autogéré, en relation avec les stratégies de développement de ce secteur prévues dans le futur plan quadriennal. Le travail consiste en particulier à comparer les temps de travaux disponibles aux temps de travaux nécessaires en fonction des changements envisagés dans les plans de culture des domaines autogérés.

Enfin dans les derniers mois de ma mission, je suis associé à la création du futur institut technologique d’agronomie de Mostaganem. Ce projet est doublement emblématique. Il témoigne de la volonté des autorités nationales de rattraper les retards en matière de formation dans l’agriculture en privilégiant le recours aux technologies pédagogiques les plus avancées sous la forme d’enseignements à distance en coopération avec les centres d’excellence étrangers de formation en agronomie. Il témoigne aussi d’une volonté de rupture avec la période coloniale, dans la mesure où il s’agit de reconvertir une ancienne caserne de l’armée française en futur centre de formation des cadres de la nouvelle agriculture.

12. Coopérant culturel à l’institut d’études politiques d’Alger (octobre 1969-octobre 1970)

A la fin de cette première période, je passe du statut de coopérant technique militaire à un statut de coopérant civil culturel en devenant assistant à l’institut d’études politiques d’Alger.

12.1. Le motif du prolongement de mon séjour : la préparation de ma thèse

La préparation de ma thèse est une histoire qui durera plusieurs années. Tout commence en 1967. Dans le cadre de mes activités à l’IES comme directeur du CDDT, je réalise une étude sur l’emploi des travailleurs étrangers dans l’Isère. Je pars ensuite en Algérie. Au ministère de l’agriculture, je travaille à la préparation du premier plan quadriennal de l’agriculture, chargé de la composante emploi dans l’agriculture (cf ci-dessus).

Pendant que je travaille au ministère de l’agriculture, Pierre Judet me présente à son copain Jobic Kerlan. Quelle personnalité ! Pendant la guerre d’Algérie , prêtre de la Mission de France à Souk Ahras, en plein dans les Aurés, il prend très tôt position pour le FLN, avec les autres prêtres de sa paroisse. Le 14 avril  1956, toute l’équipe de prêtres est expulsée d’Algérie par les autorités militaires françaises. A l’indépendance, Jobic Kerlan y revient. Il travaille d’abord au port d’Alger, puis au ministère du travail à Alger. Dès notre première rencontre, je lui fais part d’un hypothétique projet de thèse sur les travailleurs algériens en France. Il est intéressé par ce thème et me présente à Yahia Briki qui est Directeur de la direction du travail et de l’emploi au ministère du travail et des affaires sociales, affreusement torturé pendant la guerre par l’armée française (il en a perdu l’usage de son bras droit) en tant que membre influent du Parti Communiste Algérien. Ce dernier m’incite à me lancer dans une thèse qui porterait non sur l’immigration algérienne en France mais sur l’émigration en Algérie. Ce sujet intéresse d’autant plus les autorités algériennes, qu’à l’époque aucune recherche n’a été menée sur ce thème. Il est prêt à faire le maximum pour m’aider.

Convaincu, je décide de prolonger d’un an mon séjour à Alger pour pouvoir concrétiser mon projet. Entre temps, Yahia Briki, est devenu Secrétaire Général du ministère du travail et des affaires sociales. Il me signe une lettre de mission dans laquelle il précise parlant de moi que « les responsables des services extérieurs du ministère sont priés de lui faciliter la tâche en l’aidant éventuellement dans ses déplacements au cours des enquêtes qu’il devra mener et en mettant à sa disposition la documentation concernant l’émigration ».

Effectivement je ferai beaucoup d’enquêtes sur le terrain, en particulier en Kabylie, dans les Aurès et dans l’Ouarsenis, qui sont les grandes zones de départ des émigrés algériens vers l’Europe et la France en particulier. J’ai accès à toutes les archives du ministère du travail. Surtout, toute l’année, les étudiants de l’institut d’études politiques m’aident beaucoup, bénévolement, pour mener mes investigations de terrain. En particulier, pendant les vacances, je les rencontre dans leurs milieux d’origine. Ils me mettent en contact avec la population de leurs villages pour que je puisse collecter directement les informations dont j’ai besoin et qui portent tant sur les conditions et les mécanismes de leur départ que sur les conséquences de leur séjour à l’étranger. Ce seront des moments très chaleureux avec des populations d’une grande générosité alors que quelques années plus tôt, elles subissaient les tortures et les violences particulièrement meurtrières de l’armée française. Ce seront aussi de grands moments de convivialité avec les notables et les familles des étudiants, heureux d’accueillir le « professeur français » de leurs enfants. Les discussions sont très franches et très intéressantes. Elles me permettent de collecter des informations de terrain originales qui seront essentielles pour ma thèse. La rédaction de ces souvenirs me donne l’occasion de tous les remercier avec le maximum de sincérité pour leur aide et leur appui.

Parallèlement, j’aurai un soutien total et permanent des cadres du ministère du travail tant au niveau central (je ferai plusieurs voyages en Kabylie avec Monsieur Hamouthène directeur de l’émigration au ministère) qu’au niveau des willaya. Je me souviens encore de cette journée dans l’Ouarsenis où les représentants du ministère m’avaient invité à participer à la sélection des candidats à l’émigration. Il s’agissait en fait d’une pré sélection pour éliminer tous ceux qui n’avaient aucune chance d’être retenus par les recruteurs français. Beaucoup d’entre eux avaient fait un long déplacement et avaient passé la nuit à attendre devant les bureaux de l’administration pour être les premiers reçus.

Avant de rentrer en France, je rédige un rapport pour le BIT sur l’émigration algérienne dans le cadre d’un projet sur la planification des ressources humaines en Algérie. Ce sera ma première collaboration contractuelle avec le BIT.

12.2. Assistant à l’institut d’études politiques d’Alger

Le bâtiment qui abrite l’institut est au centre d’Alger, rue Ben M’Hedi Larbi. Il est situé près du siège social du FLN et de la statue d’Abdel Khader sur son cheval que certains algérois tournent en dérision, constatant qu’il regarde droit devant lui en direction du port avec l’espoir de pouvoir s’échapper vers la France alors que son cheval montre son c.. au parti !.

L’IEP est une institution universitaire de taille moyenne, qui accueille des étudiants très motivés dans le cadre de promotions ayant des effectifs peu nombreux. A l’époque tous les cours sont en français et les enseignants sont très majoritairement des coopérants culturels français. Ce n’est que plus tard que l’arabisation sera généralisée, produisant les dégâts que l’on sait.

Personnellement je ne me suis jamais beaucoup investi dans mes activités d’assistant à sciences politiques. Par rapport à celles-ci, mes motivations sont essentiellement alimentaires. J’assure un service minimum réglementaire. Je suis chargé d’animer des conférences de méthode pour les étudiants de 1ére et 2ème année. Surtout, j’anime un séminaire annuel pour les étudiants de troisième année, sur « l’agriculture algérienne », séminaire auquel participe comme étudiante, notre copine Magalie Laurencin dont le mari, avec qui je travaillais à Grenoble, est assistant à la faculté d’économie d’Alger.

13. Mes retours professionnels successifs en Algérie

Dans la première moitié de la décennie 80, je suis retourné plusieurs fois en Algérie à titre professionnel. Entre 1982 et 1985, je participe comme consultant du BIT à quatre missions dans le cadre d’un projet conjoint BIT-UNESCO dans le domaine de la planification des ressources humaines. Le projet comporte une forte composante nationale qu’anime Safir, un sociologue que je retrouverai plus tard à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire où il travaille pour la banque africaine de développement. A l’époque de ces missions, il règne un grand optimisme en Algérie en matière d’emploi. Les principaux indicateurs économiques sont bons. Suite au relèvement des prix des hydrocarbures, le nombre d’emplois crées est supérieur au nombre de jeunes qui rentrent sur le marché de travail, ce qui réduit les tensions sur le marché du travail. Dans ce contexte, le plan se fixe comme objectif, la réalisation du plein emploi à l’horizon 2000 ! Le projet auquel je participe s’inscrit dans cette perspective. Il s’agit de prévoir et de quantifier les besoins de formation correspondants à partir d’études sur la prospective des relations emploi-formation à l’horizon 2000, afin d’anticiper l’offre de formation à mettre en place.

Ma dernière initiative de coopération en Algérie, avec l’université de Constantine

Ma dernière mission en Algérie s’effectue dans le cadre de la cellule de coopération nord/sud de mon université (cf ci-avant) à l’occasion de deux manifestations conjointes qui se déroulent en 2003 à l’université de Constantine : d’une part l’organisation d’un colloque sur le développement local en partenariat avec notre université, et d’autre part la réunion du réseau africain des DESS de développement local.

2. Dans le cadre de la coopération multilatérale, comme expert et consultant du BIT

Mon second long séjour à l’étranger, après l’Algérie (cf ci-avant) se déroule à Madagascar, en tant qu’expert international du BIT. L’expérience professionnelle que j’acquiers à cette occasion me permettra ensuite de participer à de nombreuses missions de consultations pour le BIT en Afrique

21. Expert du BIT à Madagascar

Quand j’arrive à Tana, à 34 ans, je suis un jeune « expert » dans le milieu des Nations Unies et même le plus jeune expert à Madagascar. Je suis très complexé, mais pas pour une question d’âge. J’ai un statut d’expert, et donc par définition je devrais tout savoir dans mon domaine de compétence qui est l’emploi. En réalité, je n’ai aucune expérience professionnelle en matière de coopération technique. Tout au plus une expérience de 16 mois en Algérie comme coopérant militaire. Heureusement je ne m’en tirerai pas trop mal.

 Mon activité professionnelle principale

J’ai un engagement contractuel d’un an renouvelable, comme expert du Bureau International du Travail en « planification des ressources humaines » dans le cadre du projet (MAD/71/534) qui concerne le domaine de la planification. Géré par le bureau régional du BIT, il est rattaché au ministère du plan.

Le projet dans lequel je travaille comprend trois composantes : une composante planification régionale qu’exécute Klaus Ressman un expert autrichien ; une composante amélioration des statistiques agricole qu’exécute Duong un expert vietnamien ; et une composante ressources humaines dont je suis chargé. Au sein du projet, l’objet principal de ma mission consiste à mettre en place une cellule de planification des ressources humaines rattachée à la direction générale du plan et à former les cadres nationaux qui seront chargés de l’animer.

S’agissant du contenu de mon travail, mon activité principale consiste à former mes homologues malgaches en réalisant avec eux plusieurs travaux et enquêtes centrés plus spécifiquement sur l’emploi : un inventaire sur les sources d’information disponibles, un bilan annuel de l’emploi, une enquête sur les emplois dans le secteur moderne, plusieurs enquêtes sectorielles (sur l’emploi dans le bâtiment, dans les transports, dans l’administration…). L’objectif est de doter la cellule de planification qu’il s’agit de mettre en place, d’instruments de connaissance et d’outils d’intervention dans la perspective d’une amélioration des ressources humaines.

Deux activités très secondaires

Conjointement à mon activité principale je mène deux activités très secondaires, mais que j’ai beaucoup apprécié. D’une part, je suis entraîneur « officiel » de l’équipe de foot du ministère du plan, une fois par semaine. D’autre part, j’interviens comme Conseiller technique du principal syndicat des travailleurs malgaches, la FISEMA. Malheureusement, dans cette seconde activité, ma contribution sera modeste. Au total j’aurais moins d’une dizaine de rencontres à titre tout à fait privées et « confidentielles » par rapport à mon chef de projet. Celui-ci n’a jamais accepté, que je coopère avec un syndicat qu’il considérait comme « communiste », et il n’a cessé d’exercer sur moi une pression qui a finie par devenir insupportable

22. Consultant du BIT

Du début de la décennie 80 au moment de mon départ en retraite, j’ai effectué près d’une quarantaine de missions d’expertise dans plus d’une quinzaine de pays africains différents, avec un statut de consultant international des Nations Unies et l’autorisation des autorités de mon université. Dans le temps, les thèmes d’intervention ont évolué mais toujours dans un même domaine, celui de l’emploi et de la formation.

  1. Une première vague de missions sur le thème de  la planification des ressources humaines : à Madagascar en Algérie, au Rwanda et au Burundi. Sur ce thème, outre ces missions à l’étranger, à la demande du BIT je suis chargé en novembre 1985 d’organiser et d’animer à Grenoble, un stage de perfectionnement d’un mois pour 8 fonctionnaires des ministères du travail du Rwanda, du Mali, du Burkina Faso et de Mauritanie sur le thème « Planification des ressources humaines et amélioration des systèmes d’information sur l’emploi ».
  2. Une seconde vague de missions dans le cadre de la mise en œuvre des programmes d’ajustement structurel : au Sénégal en mai 1985, à Madagascar en septembre 1986, au Maroc en août 1988, au Burundi en janvier 1989, en Tunisie en juin 1989
  3. Une troisième vague de missions sur le thème des observatoires de l’emploi et de la formation qui visent la conception et le lancement de dispositifs opérationnels d’amélioration des informations sur l’emploi et la formation sous la forme « d’Observatoires nationaux » : à Madagascar (trois missions en juillet 1990, septembre 1991 et juin 1992), au Bénin (trois missions entre 1993 et 1995), en Côte d’ivoire (deux missions entre 1995 et 1996), au Togo en janvier 1997, au Gabon ( deux missions en mai 1999 et en juillet 2000). Sur le thème des observatoires de l’emploi, outre ces missions sur le terrain, j’anime trois tables-ronde régionales : i)  une première mission conjointe BIT-Banque Mondiale en septembre 1997 en Côte d’Ivoire qui concerne les pays d’Afrique de l’Ouest ; ii) une seconde, pour le compte du ministère français du travail en Tunisie en juin 1999 qui concerne les pays du pourtour méditerranéen (mission) ; iii) une troisième au Cameroun en novembre 2000 qui concerne les pays d’Afrique centrale (mission BIT).
  4. Une quatrième vague de missions sur le thème : « stratégie d’emploi et stratégie de réduction de la pauvreté ». Il s’agit daider les autorités nationales à concevoir et à formuler la composante emploi-formation à intégrer dans les cadres stratégiques nationaux de réduction de la pauvreté. Dans cette perspective j’effectue plusieurs missions : en octobre 2002 au Burkina Faso (mission PNUD-BIT) ; en décembre 2002 au Cameroun (mission BIT) ; en août 2003 au Gabon (mission BIT) ; en juin 2004, janvier 2005 et décembre 2005 en Mauritanie (mission BIT) ; et en novembre 2006 en République Centrafricaine (mission PNUD)… qui sera ma dernière mission d’assistance technique en Afrique (et pas la plus facile !).
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